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Etrier Marquise

Étrier d’échasses Marquise

Pays

Îles Marquises

Époque

Début du 20ème siècle

Matière

Bois, patine d’usage

Hauteur

39 & 37 cm

Provenance

Collection Robert Emile Bouchard, Paris, 1997
Collection Charles-Edouard Duflon, Geneva

Publication

Rossi M., “Un bernois nommé Wäber. Johann Wäber – John Webber. Peintre et dessinateur du troisième voyage du Capitaine Cook”, Editions D, 2008, p. 70

Exposition

Berne, Galerie Duflon & Racz, “Un bernois nommé Wäber. Johann Wäber – John Webber. Peintre et dessinateur du troisième voyage du Capitaine Cook”, 3-18 Octobre 2008

Description

Les pédales / étriers d’échasse des Marquises sont des objets emblématiques de l’art polynésien mais elles ont très rarement été conservées par paires comme c’est le cas ici. Constituant l’élément le plus important des échasses, ces étriers (appelées tapuvae) liaient symboliquement le danseur aux ancêtres. Le naturaliste et explorateur Georg Heinrich von Langsdorff, qui visita l’archipel des Îles Marquises en 1813, fut le premier visiteur européen à commenter une cérémonie koina : « En dehors de la danse, l’un des plaisirs favoris chez ces gens est de courir sur des échasses, et peut-être qu’aucun peuple de la terre ne le fait avec autant d’habilité » (Langsdorff cité in Ivory, Matahoata. Arts et société aux îles Marquises, 2016, musée du Quai Branly, p. 171).
Anthony Meyer nous précise dans l’Art Océanien, 1995, vol 2, p.497 :
« C’est à l’occasion de joutes commémoratives, au cours de cérémonies mortuaires pour des gens importants que les échasses étaient utilisées. Les jeunes champions de chaque clan, de chaque village, de chaque vallée, concouraient en tentant de jeter leurs adversaires à terre. La signification de ces joutes s’est perdue mais c’était peut-être une simulation de la guerre. Les pédales d’échasses étaient magnifiquement ornées d’un ou de plusieurs tiki qui supportaient l’étrier. »
Les pieds des danseurs reposaient en effet sur les tiki qui désignent les hommes, l’image humaine ou encore la représentation sculptée des dieux. Ces tiki, que l’on retrouve sur un très grand nombre d’objets sculptés des Marquises, sont toujours représentés de manière stéréotypée dans une pose hiératique, jambes fléchies, mains sur l’estomac, tête volumineuse, yeux et bouches démesurément grands, souvent agrémentés de tatouages sur le corps (comme c’est le cas ici) et le visage, les oreilles stylisées en une double volute. La partie haute de ces étriers est très finement gravée de motifs géométriques. L’art des Marquises a exercé une influence considérable sur des artistes majeurs de l’art moderne tel Paul Gauguin qui a passé les dernières années de sa vie (de 1901 à 1903) à Hiva-Oa aux Marquises mais qui avait auparavant pu admirer des œuvres marquisiennes aux musées d’Auckland et de Nouméa ainsi que par le biais de la photographie (cf ci-dessous). Kirk Varnedoe (in Le Primitivisme dans l’art du 20e siècle (pp.193-194), nous éclaire davantage sur la démarche de l’artiste : « En se concentrant sur le style ornemental des Marquises, il choisissait une esthétique dont il reconnaissait le caractère exceptionnel porteur d’une double connotation : à la fois aristocrate et barbare. Les dessins de cette île révèlent des motifs géométriques et des représentations d’une riche complexité, gouvernée par un ordre strict et une sentiment qui n’a rien à voir avec la tension organique et l’expressivité caractéristique des autres arts des mers du sud, en Nouvelle Zélande ou Nouvelle Guinée (…) Ces dessins, comme ceux dont sont ornés les casse-tête que Gauguin copia aussi étaient assez raffinés pour satisfaire à l’idée qu’il se faisait de la grandeur passée de la culture polynésienne (…) Gauguin désirait que son art transmit la sensation de ce qu’il appelait « un certain luxe barbare d’autrefois » un mélange de splendeur et de sauvagerie, d’éclat et d’ombres ensevelis dans l’héritage polynésien. »